Gérer les troubles du comportement alimentaire

Aide à la recherche médicale

Les TCA sont multiples : anorexie mentale, boulimie nerveuse et hyperphagie boulimique. L’anorexie mentale est la plus préoccupante pour les professionnels de santé par ses conséquences somatiques et psychiques graves qui peuvent être létales. Aussi les scientifiques donnent la priorité à la recherche sur l’anorexie mentale.

Depuis l’année 2015, la FSC aide la recherche médicale.

Problématique : Pourquoi une aide à la recherche ?  Quelle recherche ? Quels sont les projets de recherche aidés et quels en sont les résultats ?

Pourquoi une recherche ?

L’origine de l’anorexie mentale est multifactorielle : génétique, on parle de vulnérabilité génétique, et environnementale, traumatismes, comorbidités (troubles bipolaires, troubles autistiques, troubles de l’humeur….), ce qui fait que chaque anorexie est unique.

La prise en charge d’une anorexie mentale du fait de sa complexité doit être transdisciplinaire, graduée, globale et individualisée. Elle doit être prodiguée par des professionnels spécialisés dans les TCA.  Les thérapeutes « tâtonnent », preuve d’une prise en charge difficile. Seuls 50 à 60% des patient(e)s se rétablissent. D’où la nécessité d’une recherche médicale.

Quelle recherche ?

Celle-ci peut s’orienter vers deux objectifs :

  • Une meilleure prise en charge de l’anorexie mentale d’une part, caractéristique de la recherche clinique.
  • Une meilleure compréhension des causes et des mécanismes de l’anorexie mentale, d’autre part, caractéristique de la recherche fondamentale.

La FSC, depuis la décision de son comité de gestion d’aider la recherche médicale 2015, du fait de moyens financiers suffisants, a permis le financement de six projets de recherche.   Au cours des deux dernières années, des résultats prometteurs ont été constatés, nécessitant leur approfondissement.

Des résultats prometteurs

  • 1er projet : 1er Prix Fondation Sandrine Castellotti au Docteur Nathalie GODART (IMM-Paris)

« Thérapie familiale et anorexie mentale : quelle est la meilleure approche ? » (valeur de 20 000€)

Initiatrice de ce projet, cette recherche se poursuit dans plusieurs structures françaises et étrangères. Elle permettra, par une évaluation comparative de la thérapie familiale individuelle et de la thérapie multifamiliale, de déterminer la meilleure thérapie à prodiguer en fonction du contexte familial. Elle permettra aussi d’affiner chaque thérapie dans le temps et de les uniformiser dans les différents lieux de soins pour une meilleure prise en charge des patient(e)s et familles.

  • 2ème projet : Docteurs Hugo SAOUDI et Louise NOVE-JOSSERAND (CHRU-Lille)

« Revue bibliographique de la littérature scientifique sur la prévention primaire des TCA en France et à l’international » (valeur de 13 500€)

La prévention primaire des TCA, empêche la survenue de ces derniers, en développant les facteurs protecteurs et/ou en inhibant les facteurs de risque. Elle est exclusivement du domaine de la recherche médicale. Celle-ci est en pleine expansion, preuve de sa nécessité. Cependant, en France, peu d’expériences de prévention primaire ont été faites. Une seule est en cours.

Le Dr Louise NOVE-JOSSERAND a rédigé la revue exploratoire qui recense le plus grand nombre possible d’expériences réalisées antérieurement. Elle a permis de montrer que des expériences préliminaires innovantes, inabouties dans le temps, mériteraient d’être approfondies dans l’avenir.

Le Dr Hugo SAOUDI a rédigé la revue systématique. Elle a permis de montrer les expériences à privilégier en fonction de l’âge et du type de prévention.

La FSC a mis en place l’édition des deux livrets depuis le début de l’année 2019, pour être distribués aux professionnels, français, mais aussi étrangers, à partir du mois de septembre. Cette distribution peut se faire, soit lors de colloques, soit par la poste.

La FSC espère qu’elle pourra contribuer à sa mise en place dans l’avenir.  Deux projets sont à l’étude : un à Nice, l’autre à Lille.

  • 3ème projet : Professeur Olivier COTTENCIN (CHRU Lille)

« Exploration des bases neuronales de la reconnaissance du corps propre dans l’anorexie mentale : étude en IRM d’activation fonctionnelle » ( valeur de 10 000€)

Contexte de la recherche

Les personnes souffrant d’anorexie mentale restrictive présentent une altération de la perception de l’image de leur propre corps. Elles se voient plus grosses qu’elles ne sont, d’où le manque de reconnaissance de la gravité de leur maigreur. Les régions cérébrales qui interviennent lors de la reconnaissance de son image corporelle sont nombreuses et impliquent de nombreuses parties du cerveau.

Hypothèse

Les personnes souffrant d’anorexie restrictive devraient avoir une réaction différente des régions cérébrales impliquées dans la reconnaissance de leur propre image par rapport aux personnes n’ayant pas d’anorexie.

Expérience

Deux groupes de 20 jeunes femmes chacun, aux caractères les plus semblables possibles (âge, milieu social, études, mode de vie..) participent à l’expérience. L’un est composé de jeunes femmes non souffrantes (groupe témoin), l’autre de jeunes femmes souffrant d’anorexie restrictive.

Elles doivent reconnaître des silhouettes correspondant à leur propre image : silhouette réelle, établie à la suite d’une photographie, et silhouette estimée, correspondant à la silhouette perçue. À chaque reconnaissance, une IRMf* est enregistrée, permettant de visualiser les régions cérébrales mises en jeu.

Résultats

Paradoxalement, les résultats n’ont pas montré de différence d’activité cérébrale des zones impliquées dans la reconnaissance de son corps entre le groupe témoin et le groupe des personnes souffrant d’anorexie, que ce soit pour la silhouette réelle et la silhouette estimée. Normalement, les personnes non souffrantes auraient dû avoir la même réaction à la vision des deux silhouettes du fait de leur image corporelle non affectée, et les personnes souffrantes réagir davantage à la silhouette estimée. Des études plus approfondies seraient nécessaires.

Cependant, elle a montré une sur-activation uniquement chez les personnes souffrantes d’anorexie de deux régions du cerveau : le gyrus cingulaire droit et le noyau caudé gauche à la vision de leur silhouette estimée.  Ces deux structures sont liées à la régulation des mouvements volontaires lors de leur initialisation afin de supprimer les mouvements non désirés, ainsi qu’à la mémoire et aux émotions. Des études nouvelles seraient nécessaires pour déterminer la cause de ces observations.

  • 4ème projet : du Professeur Vincent DODIN (Hôpital Saint Vincent de Paul-Lille)

« Prise en charge des distorsions corporelles chez les patientes anorexiques. Évaluation de l’efficacité d’un programme de soins centré sur le Scan corporel 3D et la réalité virtuelle » (valeur de 30 000€)

Contexte

La perte de poids rapide liée à l’anorexie mentale engendre l’incapacité à percevoir les dimensions réelles de son corps. Le cerveau des patientes n’ayant pas actualisé la modification de leur corps ne peut estimer métriquement leur corps (informations visuelles, tactiles et proprioceptives mal interprétées par le cerveau).

Hypothèse

L’immersion en réalité virtuelle de son propre corps en 3D favorise la modification de l’estimation métrique de son propre corps. Cet outil qui a montré ses bienfaits n’est pas encore intégré dans les programmes de soins en France.

Résultats

Du fait de résultats très positifs au sein du service du Pr Vincent Dodin, le projet initié par la FSC a été financé au début de l’année 2019 dans le cadre du programme hospitalier de recherche clinique national à hauteur de 369 000€. La recherche pourra ainsi se déployer sur Lille (CHU et clinique Lautréamont), les CHU de Rouen, Nantes, Bordeaux, Saint- Étienne, Limoges et Paris (IMM).

Conclusion

Une issue heureuse qui permettra une évaluation approfondie du soin réalité virtuelle et anorexie mentale.

  • 5ème projet : du Professeur Sébastien GUILLAUME (CHRU Montpellier)

« Les biomarqueurs putatifs de l’anorexie mentale » (valeur de 25 000€)

Les biomarqueurs sont des molécules dont la présence ou la concentration anormale dans le sang ou les urines signale un évènement ou un statut physiologique particulier.

Contexte de la recherche

Certains troubles mentaux s’accompagnent souvent de pathologies somatiques (comorbidités) et sont maintenant considérés comme des maladies de « systèmes », plus que comme des pathologies purement « cérébrales ». Ils seraient liés à des perturbations du système immunitaire, et plus particulièrement ceux liés à l’inflammation, suite à des infections ou des maladies auto-immunes.

L’inflammation est un processus naturel qui permet à l’organisme de se défendre contre toute agression : introduction d’un corps étranger, qui normalement s’arrête lorsque l’intrus a été combattu. Mais dans certains cas, l’inflammation perdure une fois l’agression terminée ce qui conduit à une inflammation chronique ou inflammation de bas grade qui passe inaperçue, pouvant conduire postérieurement à des maladies chroniques graves.

Au cours du mécanisme inflammatoire, les cellules immunitaires libèrent dans le sang des médiateurs chimiques, les cytokines, qui permettent aux différents acteurs de communiquer entre eux et de répondre de façon coordonnée pour éliminer l’intrus. Les cytokines sont multiples, en particulier les interleukines (IL) dont chacune a un rôle spécifique dans la réaction immunitaire.

Hypothèse et objectifs

L’anorexie mentale serait due à une inflammation cérébrale de bas grade.

Dans le cas de l’anorexie mentale, aucun biomarqueur n’est connu pour l’instant, à l’exception de ceux lié à la dénutrition. L’objectif de la recherche était de mettre en évidence des biomarqueurs spécifiques de l’anorexie, caractéristiques d’une inflammation de bas grade (interleukines) afin de permettre de détecter les patient(e)s à risque d’anorexie, de les prendre en charge de façon très précoce pour permettre une évolution favorable du pronostic conduisant à la rémission.

Résultats

En comparaison de la population contrôle, les taux initiaux d’IL-1b et d’IL-6 étaient significativement plus élevés chez les patientes souffrantes.

Au sein du groupe de patientes :

  • La présence de taux élevés d’IL-1b étaient associés à un indice de masse corporelle plus faible. En parallèle, des taux élevés d’IL-6 étaient associés à une durée de la pathologie plus importante ;
  • Les taux d’IL-6 initiaux plus élevés étaient associés à un moins bon pronostic à 12 mois ;
  • À 12 mois, chez les patientes ayant restauré leur poids (mais souffrant toujours d’anorexie), si les taux d’IL-6 n’avaient pas varié, les taux d’IL-1b, à l’inverse, s’étaient significativement abaissés. Ainsi, les patientes en restauration pondérale, ne sont plus différentes des contrôles.

Conclusion

Cette recherche confirme les résultats obtenus par une expérience précédente, mais avec une cohorte (nombre de personnes souffrant d’anorexie ou non) beaucoup plus grande. Elle a permis de montrer que l’anorexie mentale serait due à une inflammation de bas grade. L’IL-1b pourrait être un marqueur de malnutrition, alors que l’IL-6 serait un marqueur de l’anorexie mentale. Elle serait un marqueur de pronostic de mauvaise évolution.

Il serait indispensable que ces résultats soient répliqués dans l’avenir afin d’envisager que
IL-6 est un biomarqueur d’état de l’anorexie mentale.

Cette recherche a fait l’objet d’une présentation orale du Professeur Sébastien Guillaume lors du congrès FFAB-R*, le 12 septembre à Paris (CMME-GHU Sainte Anne) et lors de l’ECED (European Council on Eating Disorders) le 13 septembre (Les Cordeliers) à Paris. Preuve de l’intérêt certain des résultats de cette recherche.

  • 6ème projet : du Docteur Vincent DURIEZ (CMME Hôpital Sainte Anne Paris)

« Acceptabilité et validité de la santé connectée dans l’anorexie mentale » (valeur de 20 000€)

Contexte :

La demande de financement s’inscrit dans un important projet : que la CMME devienne le  1er centre expert en Île de France pour les Troubles des Conduites Alimentaires chez les adultes. Ce qui est devenu effectif le 1er mars 2018.

L’évaluation d’une anorexie mentale est complexe car elle repose actuellement uniquement sur des questionnaires, c’est-à-dire se basant uniquement sur du déclaratif des ressentis. En particulier en ce qui concerne l’activité physique excessive souvent minorée par les patient(e)s.

Projet et objectifs

L’évaluation se déroulera sur 3 jours.

Le 1er jour aura lieu l’évaluation habituelle, basée sur des questionnaires incluant l’importance de l’activité physique au cours du mois précédent, ainsi que la relation addictive au sport.

Puis le patient rentre chez lui, équipé d’objets connectés pour mesurer certains paramètres durant la vie réelle : capteurs mesurant en continu l’évolution de la glycémie et l’ECG (électrocardiogramme) qui permettront d’évaluer l’activité physique.

Enfin, le 3ème jour, le patient revient avec les données enregistrées par les objets connectés. Et un test à l’effort est réalisé, ainsi qu’est demandé le ressenti pour cet effort.

Tous les patients seront contactés un an après pour une nouvelle évaluation de leur santé.

Ce travail permettra d’évaluer :

  • L’acceptabilité des objets connectés.
  • Leur validité : concordance déclarée lors du J1, et observée lors du J3.
  • L’exploitation des données recueillies permettant une exploitation de type « big data ».

Conclusion

Ainsi pourront être mis en évidence les prédictions de l’évolution de l’anorexie du patient en fonction de l’importance de l’activité physique, et leur prévention. Cette évaluation pourra s’affiner au cours du temps, si elle montre des bénéfices certains.

*IRMf : Imagerie par Résonnance Magnétique fonctionnelle : Technique d’IRM qui permet de visualiser la ou  les régions-s du cerveau impliquées dans une fonction particulière.

*FFAB : Fédération Française Anorexie Boulimie (professionnels de santé spécialisés TCA).

*FFAB-R : groupe de chercheurs sur les TCA de la FFAB.

*HAS : Haute Autorité de Santé