Gérer les troubles du comportement alimentaire

Aide à la recherche médicale

4ème projet : du Professeur Vincent DODIN (Hôpital Saint Vincent de Paul-Lille)

« Prise en charge des distorsions corporelles chez les patientes anorexiques. Évaluation de l’efficacité d’un programme de soins centré sur le Scan corporel 3D et la réalité virtuelle » (valeur de 30 000€)

Contexte

La perte de poids rapide liée à l’anorexie mentale engendre l’incapacité à percevoir les dimensions réelles de son corps. Le cerveau des patientes n’ayant pas actualisé la modification de leur corps ne peut estimer métriquement leur corps (informations visuelles, tactiles et proprioceptives mal interprétées par le cerveau).

Hypothèse

L’immersion en réalité virtuelle de son propre corps en 3D favorise la modification de l’estimation métrique de son propre corps. Cet outil qui a montré ses bienfaits n’est pas encore intégré dans les programmes de soins en France.

Résultats

Du fait de résultats très positifs au sein du service du Pr Vincent Dodin, le projet initié par la FSC a été financé au début de l’année 2019 dans le cadre du programme hospitalier de recherche clinique national à hauteur de 369 000€. La recherche pourra ainsi se déployer sur Lille (CHU et clinique Lautréamont), les CHU de Rouen, Nantes, Bordeaux, Saint- Étienne, Limoges et Paris (IMM).

Conclusion

Une issue heureuse qui permettra une évaluation approfondie du soin réalité virtuelle et anorexie mentale.

5ème projet : du Professeur Sébastien GUILLAUME (CHRU Montpellier)

« Les biomarqueurs putatifs de l’anorexie mentale » (valeur de 25 000€)

Les biomarqueurs sont des molécules dont la présence ou la concentration anormale dans le sang ou les urines signale un évènement ou un statut physiologique particulier.

Contexte de la recherche

Certains troubles mentaux s’accompagnent souvent de pathologies somatiques (comorbidités) et sont maintenant considérés comme des maladies de « systèmes », plus que comme des pathologies purement « cérébrales ». Ils seraient liés à des perturbations du système immunitaire, et plus particulièrement ceux liés à l’inflammation, suite à des infections ou des maladies auto-immunes.

L’inflammation est un processus naturel qui permet à l’organisme de se défendre contre toute agression : introduction d’un corps étranger, qui normalement s’arrête lorsque l’intrus a été combattu. Mais dans certains cas, l’inflammation perdure une fois l’agression terminée ce qui conduit à une inflammation chronique ou inflammation de bas grade qui passe inaperçue, pouvant conduire postérieurement à des maladies chroniques graves.

Au cours du mécanisme inflammatoire, les cellules immunitaires libèrent dans le sang des médiateurs chimiques, les cytokines, qui permettent aux différents acteurs de communiquer entre eux et de répondre de façon coordonnée pour éliminer l’intrus. Les cytokines sont multiples, en particulier les interleukines (IL) dont chacune a un rôle spécifique dans la réaction immunitaire.

Hypothèse et objectifs

L’anorexie mentale serait due à une inflammation cérébrale de bas grade.

Dans le cas de l’anorexie mentale, aucun biomarqueur n’est connu pour l’instant, à l’exception de ceux lié à la dénutrition. L’objectif de la recherche était de mettre en évidence des biomarqueurs spécifiques de l’anorexie, caractéristiques d’une inflammation de bas grade (interleukines) afin de permettre de détecter les patient(e)s à risque d’anorexie, de les prendre en charge de façon très précoce pour permettre une évolution favorable du pronostic conduisant à la rémission.

Résultats

En comparaison de la population contrôle, les taux initiaux d’IL-1b et d’IL-6 étaient significativement plus élevés chez les patientes souffrantes.

Au sein du groupe de patientes :

  • La présence de taux élevés d’IL-1b étaient associés à un indice de masse corporelle plus faible. En parallèle, des taux élevés d’IL-6 étaient associés à une durée de la pathologie plus importante ;
  • Les taux d’IL-6 initiaux plus élevés étaient associés à un moins bon pronostic à 12 mois ;
  • À 12 mois, chez les patientes ayant restauré leur poids (mais souffrant toujours d’anorexie), si les taux d’IL-6 n’avaient pas varié, les taux d’IL-1b, à l’inverse, s’étaient significativement abaissés. Ainsi, les patientes en restauration pondérale, ne sont plus différentes des contrôles.

Conclusion

Cette recherche confirme les résultats obtenus par une expérience précédente, mais avec une cohorte (nombre de personnes souffrant d’anorexie ou non) beaucoup plus grande. Elle a permis de montrer que l’anorexie mentale serait due à une inflammation de bas grade. L’IL-1b pourrait être un marqueur de malnutrition, alors que l’IL-6 serait un marqueur de l’anorexie mentale. Elle serait un marqueur de pronostic de mauvaise évolution.

Il serait indispensable que ces résultats soient répliqués dans l’avenir afin d’envisager que
IL-6 est un biomarqueur d’état de l’anorexie mentale.

Cette recherche a fait l’objet d’une présentation orale du Professeur Sébastien Guillaume lors du congrès FFAB-R*, le 12 septembre à Paris (CMME-GHU Sainte Anne) et lors de l’ECED (European Council on Eating Disorders) le 13 septembre (Les Cordeliers) à Paris. Preuve de l’intérêt certain des résultats de cette recherche.

6ème projet : du Docteur Vincent DURIEZ (CMME Hôpital Sainte Anne Paris)

« Acceptabilité et validité de la santé connectée dans l’anorexie mentale » (valeur de 20 000€)

Contexte :

La demande de financement s’inscrit dans un important projet : que la CMME devienne le  1er centre expert en Île de France pour les Troubles des Conduites Alimentaires chez les adultes. Ce qui est devenu effectif le 1er mars 2018.

L’évaluation d’une anorexie mentale est complexe car elle repose actuellement uniquement sur des questionnaires, c’est-à-dire se basant uniquement sur du déclaratif des ressentis. En particulier en ce qui concerne l’activité physique excessive souvent minorée par les patient(e)s.

Projet et objectifs

L’évaluation se déroulera sur 3 jours.

Le 1er jour aura lieu l’évaluation habituelle, basée sur des questionnaires incluant l’importance de l’activité physique au cours du mois précédent, ainsi que la relation addictive au sport.

Puis le patient rentre chez lui, équipé d’objets connectés pour mesurer certains paramètres durant la vie réelle : capteurs mesurant en continu l’évolution de la glycémie et l’ECG (électrocardiogramme) qui permettront d’évaluer l’activité physique.

Enfin, le 3ème jour, le patient revient avec les données enregistrées par les objets connectés. Et un test à l’effort est réalisé, ainsi qu’est demandé le ressenti pour cet effort.

Tous les patients seront contactés un an après pour une nouvelle évaluation de leur santé.

Ce travail permettra d’évaluer :

  • L’acceptabilité des objets connectés.
  • Leur validité : concordance déclarée lors du J1, et observée lors du J3.
  • L’exploitation des données recueillies permettant une exploitation de type « big data ».

Conclusion

Ainsi pourront être mis en évidence les prédictions de l’évolution de l’anorexie du patient en fonction de l’importance de l’activité physique, et leur prévention. Cette évaluation pourra s’affiner au cours du temps, si elle montre des bénéfices certains.

*IRMf : Imagerie par Résonnance Magnétique fonctionnelle : Technique d’IRM qui permet de visualiser la ou  les régions-s du cerveau impliquées dans une fonction particulière.

*FFAB : Fédération Française Anorexie Boulimie (professionnels de santé spécialisés TCA).

*FFAB-R : groupe de chercheurs sur les TCA de la FFAB.

*HAS : Haute Autorité de Santé

 

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